[Livre Gourmand] Mangez-moi, Agnès Desarthe

Avec ce livre, j’inaugure une nouvelle catégorie de ce blog: la découverte de livres qui parlent de cuisine, sans pour autant être des livres de recettes. Comme vous le savez sans doute, j’adore les livres et je me suis dit que je pouvais partager cela avec vous. Je viens de terminer ce roman, que j’ai eu beaucoup de mal à lâcher, il faut l’avouer.
J’ai d’ailleurs été amusée de voir, alors que je commençais cette lecture, de voir que Tarzile publiait un billet sur ce même ouvrage en participation au projet de Framboise de créer une bibliothèque littéraire gourmande (les romans parlant de cuisine sans être des livres de recettes).

« Mangez-moi« … Cette phrase rappelle immanquablement Alice aux Pays des Merveilles… C’est pourtant Chez Moi que se passe l’histoire de cette histoire, l’histoire de Myriam.

« Buvez-moi » disait l’inscription sur la fiole d’Alice. La fillette a bu et, comme un télescope qui se replie, s’est sentie rétrécir. « Mangez-moi » disait une autre inscription sur le gâteau, Alice a mangé et s’est étirée, comme un bouleau. Trop petite, ou trop grande, ma vie se disproportionne et je ne suis jamais à la mesure de ce que j’entreprends. Comme j’aimerais retrouver ma taille originelle, celle qui me permettrait de me glisser dans le gant du jour et de ne m’y sentir ni au large, ni à l’étroit.

Myriam, qui décide d’ouvrir un restaurant alors qu’elle n’a aucune formation, ni culinaire ni de gestion. Myriam qui ment pour obtenir un prêt à la banque.
Cette femme, dont on n’apprend l’âge qu’à la fin du livre, a la tête pleine de rêves, et un lourd passé. Nous voguons au fil de ses pensées, de ce qu’elle veut bien nous dire.

Elle cuisine, car c’est tout ce qu’elle sait faire, avec passion, avec brio… ses mains effectuent les gestes les uns après les autres comme si elle avait fait cela toute sa vie. Vie qu’elle laisse volontairement mystérieuse mais à laquelle elle refuse de s’attacher car il faut faire avec et aller de l’avant.

Elle souffre d’un mal dont les femmes ont honte, le vivent seules sans oser en parler, et nous fait nous demander « L’instinct maternel est-il éternel et irrévocable? » Pourquoi vit-elle seule alors qu’elle a un mari et un fils ? Au fil des pages, ce n’est pas seulement l’histoire de la mise en place du restaurant, mais également la vie de Myriam, et surtout son passé sur lequel elle revient douloureusement. Pourquoi n’est-elle pas dans une optique de profit… Ce restaurant serait-il sa dernière chance ?

Une larme tombe sur la surface miroitante, une autre la suit, le raisin déborde. Voilà que la marée remonte, me dis-je. Digue ! Digue ! Digue ! chante mon coeur. Une digue entre moi et moi-même. Comment éviter que les souvenirs refluent ? Comment détacher sa conscience du passé ? Comment faire pour rien n’évoque, pour que rien ne dénote ? Pour que rien ne rappelle ? Comment abolir l’écho ? Pourquoi la vie consiste-t-elle dans cet inépuisable ressassement ? Ne guérit-on jamais de nos amputations, de nos mutilations ? Et pourquoi toujours les mêmes erreurs ? Comme si on était amoureux de sa propre bêtise, de sa propre incapacité à faire ce qu’il faut comme il faut.

Chez-moi, c’est un endroit qui ne ressemble à aucun autre; une bibliothèque comptant une poignée de livres, un lieu dans lequel elle se contruit un cocon et une routine dans laquelle elle se sent bien et réconfortée.

Elle vit dans son restaurant, car elle n’a pas d’argent pour se payer un loyer. D’autres personnes font leur apparation, comme Vincent le fleuriste amoureux d’en face, Simone et Hannah les amies lycéennes qui deviennent les premières clientes fidèles, Ben le serveur parfait… sans oublier Hugo, son fils qui est là en filigrane.

L’auteur, Agnès Desarthe, dépeint ici la vie d’une femme blessée mais qui ne se laisse pas abattre. On ne peut pas rester totalement insensible, on retient son souffle, on vit avec elle ce grand chamboulement, et on veut savoir ce qui la ronge, le pourquoi du comment.
C’est un livre que j’ai dévoré, il se lit très bien. J’ai vraiment eu l’impression d’y être, dans ce restaurant.

Agnès Desarthe est agrégée d’Anglais et a traduit une partie des livres de Virginia Woolf ainsi que des livres de littérature jeunesse. Elle a également écrit des romans pour enfants.

Mangez-moi est le dernier et sixième roman adulte qu’elle a publié, en 2006.

Voici une vidéo d’elle en train d’en lire un extrait:

Conquis ? Vous pouvez acheter le livre sur Amazon.fr

6 Comments

  1. très beau commentaire de ce livre !je ne sais pas si je l’achèterai, mais en tout cas j’ai pri splaisir à te lire !

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  2. Tu as raison, ce livre est fantastique. je l’ai découvert gràce à Tarzile qui m’en proposait une recette pour le Ti-jeu : La petite madeleine – Littérature et cuisinehttp://framboisecuisine.blogspot.com/2008/04/ti-jeu-la-petite-madeleine.html
    Je l’ai prolongé jusqu’au 2 Juillet.
    A bientôt. C’est pour quand le Canada?

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  3. @ Flo: emprunte-le à la biblio si tu ne veux pas l’acheter 😉

    @ Eliz: alors, tu l’as terminé ? qu’en as-tu pensé ?

    @ Mirontaine: je peux te l’envoyer si tu veux :p

    @ CFramboise: j’avais vu le billet de Tarzile. Et je réfléchis justement à une recette pour ton jeu héhé.
    Le Canada c’est pour le courant de l’année, l’Ambassade se fait attendre, donc nous nous armons de patience.

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  4. Moi aussi j’ai adoré ce livre!!! J’aimais beaucoup Agnès Désarthe déjà en tant qu’auteur jeunesse mais quand j’ai découvert ce roman autour de cette femme complêtement azimutée mais non moins attachante qui, en plus se passe dans le milieu de la cuisine j’étais conquise!

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